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RETRO - Chérif Souleymane

 

Chérif Souleymane ou le parcours périlleux et passionnant de l’unique ballon d’or africain de Guinée.

Regard haut perché, allure martiale pour un
physique d’athlète sculpté dans un noir
d’ébène, Chérif Souleymane, le canonnier venu des monts Gangan est incontestablement, l’un des personnages, les accomplis du football
guinéen. Sa carrière impressionnante et son palmarès élogieux, (unique ballon d’or africain de Guinée) font de cet homme, né, il ya 59 ans dans les fins-fond de Sarakolèya (quartier historique de la préfecture de Kindia) un “icône vivant” du sport guinéen. Son parcours périlleux et passionnant, s’identifie d’ailleurs, à l’histoire récente du football
guinéen, depuis les premières heures des indépendances en passant par la constitution des premières sélections nationales, à l’épopée de jeux Olympiques de Mexico 68, l’échec d’Addis en 76 jusqu’au triomphe du grand Hafia 77.

Pourtant, rien ne prédestinait à la gloire, la carrière “hors norme”’ de ce gamin anonyme qui arpentait dans les années 55 - 56, les chemins tortueux de l’école primaire de la mission catholique de Kindia, ou qui se livrait à des parties “épiques de foot” entre copains d’âges, notamment les Kaba Moustapha, Kallo Salif “Remetteur” dans les champs de riz de Tafori, ou sur la grande plaine de Walawalanden à Sarakolèya. “J’ai encore en mémoire, ces souvenirs d’une enfance paisible et enthousiaste… les matins, on allait à l’école. Pause à midi, reprise dans l’après- midi et puis, partie de football, dès 18h, encadrés que nous étions à Sarakolèya par l’aîné, Aboubacar Fofanah ‘’Garrincha’’, leader du groupe qui sera, plus tard, un des coaches du grand Hafia. Au collège déjà, il nous encadrait pour les compétitions de classes et d’inter écoles, très disputées à l’époque. Les maître Naby, Fodé Fissa, Diango Koulibaly étaient les grands noms qui égaillaient notre enfance. La star mondiale sur toutes les lèvres… c’était le phénomène brésilien, Yesso Amalfi, un jongleur hors pair” se rappelle Souleymane Chérif. Après une enfance radieuse et studieuse dans la capitale du pays des agrumes, le grand talent-naissant ralliera Conakry en 1958, admis qu’il était au Collège Technique de Donka.

Donka, un grand centre, vivier de hauts cadres et de grands sportifs qui écriront, les plus belles pages de l’histoire du jeune Etat guinéen. Le collège Technique est contigu au grand Lycée Classique Moderne qui accueille déjà des grands noms : Diané Yayé, Lamine Bolivogui, Baba Sakho, Gnatoski et autres. Le jeune Chérif débarqué de son Kania natal est condisciple aux Fofanah Salifou Zator, Diané Mamadi, K L Bel, Sagno Georges. Les confrontations Collège Technique/Lycée Technique sont légendaires, une sacrée bataille d’hégémonie. “Nous voulions montrer à nos aînés, notre puissance de frappe et notre capacité à leur tenir tête. Les matches qui nous opposaient étaient d’un niveau technique inimaginable.
C’est à l’issue de l’une de ces confrontations en 1961, qu’un entraineur hongrois va me repérer pour ma première présélection en équipe nationale. Je rejoins le grand groupe étoffé des aînés : Barate, Dakimbor, Tiany Latige, Kandia Diallo… Une sélection qui affrontera la Côte d’Ivoire. Mais je ne joue pas !” Lâche souriant, le puissant milieu axial (en devenir) à l’époque. Très absorbé par les études, en dépit de son penchant pour le football, Souleymane Chérif, crédité d’excellents résultats scolaires, bénéficiera à la fin de l’année 61, d’une bourse d’étude en Allemagne de l’Est, dans le domaine de l’Architecture et du football local à l’idée de se consacrer aux études.
Mais arrivé en Allemagne, le virus du foot le rattrape. Il évolue, parallèlement à ses études dans un club de Division 2 qu’il fait monter en Division1 en DDR, marquant par ses performances et le total de buts inscrits à son actif. Les échos du ‘’Ché’’ parviennent au pays qui essaye de bâtir une équipe nationale pour la campagne des Jeux Africains de Brazza ville en 1965.La Révolution fait “feu de tout bois” en Guinée. “Je suis appelé d’Allemagne, présélectionné pour un tournoi qualificatif à Abidjan.
On sort vainqueur des confrontations Guinée, Côte d’Ivoire, Libéria, Ghana. C’est mon premier match contre les Ivoiriens, je marque ! Tout comme d’ailleurs, contre le Ghana et le Libéria.

C’est mon baptême de feu dans le Syli” raconte, avec nostalgie, l’ancien capitaine du onze national. Ce match va être un “tournant dans la vie du jeune footballeur”. En effet, de retour à Conakry, le Bureau Politique National du PDG va “convoquer” le père du jeune joueur pour convaincre son fils de surseoir à ses études en Allemagne et rentrer au pays afin de servir la Révolution dans le domaine du football où, il est supposé être plus utile. “La mort dans l’âme je m’en remettra au pays et me lancera dans le football” affirme Chérif. Et depuis, les cartables rangés, l’expérience allemande mise en veilleuse, Souleymane Chérif, le grand espoir du football guinéen se consacrera au cuir rond. Versé dans l’équipe des jeunes, il évoluera dans la sélection fédérale de Conakry 2, formation qui absorbera les grains de stars issus de l’Université Club et du lycée Technique de Donka que sont Maxime Camara, Thiam Ousmane Tolo, Morciré Sylla, Petit Sory, Calva Fofanah, Smith Samuel et autres Soumah Soriba “Edenté” pour constituer en 1966, le noyau dur du grand Hafia de Conakry, le Club Vert et Blanc Triple Champion d’Afrique des Clubs. “C’est à faveur d’une réunion houleuse présidée par feu Nabaniou Chérif, secrétaire fédéral en présence de Kaba Noumouké, Kabinet Komara, Seydou Kéita qu’un supporter, le vieux Sayon proposera, le nom “Hafia” synonyme de santé et de vigueur pour l’appellation de la formation fédérale de Conakry2 “ nous révèle l’ancien sociétaire du grand Hafia.
Vainqueur de la Coupe PDG en 1967 et 68, le Hafia fait sensation au tournoi Air Afrique de Dakar en 1967. La jeune formation guinéenne remporte le tournoi devant la Jeanne d’Arc, le Réveil de Saint Louis et le Réal de Bamako. Les Guinéens vont aussi marquer les esprits au tournoi de l’indépendance du Congo Brazzaville, au stade de la Révolution. Avec Chérif Souleymane, le Hafia entame sa première grande campagne africaine en 68, battant les Zaïrois de St Lupopo avant d’être éliminés par le Tout Puissant Englebert.

Le temps de l’apprentissage, Chérif qui gagne en maturité sera de l’expédition des Jeux Olympiques de Mexico en 68. C’est son grand tandem avec l’attaquant de légende Kandia Diallo.

Souleymane Chérif, le garçon à la grande polyvalence s’essayera
au poste de libéro. La campagne mexicaine est une “réussite”. En dépit de la défaite contre la France (2 à 3), celle contre le Mexique (0 à 4), les Guinéens dominent la Colombie (3 à 2). Sur la lancé des J.O, Chérif Souleymane et ses coéquipiers qualifieront la Guinée à la CAN soudanaise en 1970 à Khartoum et à Wad Medani. C’est au sortir de cette CAN que Chérif qui avait déjà le statut de leader réunira à Dakar, au détour d’un tournoi, quelques joueurs notamment Sory, Maxime, Tolo et Edenté pour décider du rajeunissement du Hafia dans la perspective des grandes batailles africaines. C’est ainsi qu’on ouvrira les portes à N’joléah, Bangaly, Papa, et Ismaël Eusobio. “On voulait jouer la carte des jeunes” se souvient Chérif. Le résultat était là : Au cours de l’expédition 71, on passe 14 à 0 à la Mauritanie…N’joléah a lui seul, marque 9 buts servi à volonté par le collectif. La Gambie prend 8 à 1, Le Sénégal se tire avec 3 à 2 sur la route des jeux africains de 73. “C’est en ce moment que mon ami, le grand reporter Kanté Boubacar entrera en action ! Le Hafia joue la saison 72, il me motive pour le ballon d’or. On cartonne Togolais, Gambiens, Nigériens, Maliens, et, en demi-finale, le TP Mazembe effrayé à Conakry, signe forfait ! On joue en finale, le Simba Army des Wandera. Le Hafia gagne 4 à 2 à Conakry et 3 à 2 à Kampala, j’inscris 3 buts en finale, 2 à Conakry et 1 à Kampala.

Chérif Souleymane en compagnie des anciens du Hafia 77 dans le stade militaire d’Accra

C’est ma saison la plus accomplie qui me vaudra le Ballon d’Or Africain” relate avec fierté, le héros du Nakivubu Stadium de Kampala.
Souleymane Chérif est en effet, le 3 eme Ballon Africain après Salif Keita en 70 et Ibrahim Sunday en 71. L’unique Ballon Africain de Guinée se souvient qu’à l’époque “notre victoire en finale à Kampala, on nous a donné 40 dollars de primes, avant on recevait 20 dollars par joueur, ou 5 Mille CFA. Nous étions aux anges à l’époque. Aujourd’hui les jeunes gagnent 30 mille dollars… c’est la vie !” En un one man show, Chérif qui prendra le sobriquet d’El Krack, “le puissant” sera dès lors, un grand d’Afrique, extrêmement influent au sein du Syli et du Hafia qui fait parler la poudre sur le continent et qui entame alors son règne implacable. Libéro, milieu de terrain, attaquant de pointe, capitaine, entraineur joueur, El Krack jouera tous les rôles en fonction des circonstances.
La CAN égyptienne en 74, le doublé du Hafia face à l’Enugu Rangers en 75 au Surulere stadium devant les Okala, la défaite in extrémiste du Syli d’Addis 76, la bataille de Bouaké Hafia/Asec, la chute des mimosa à Conakry 5 à 0, la finale perdue d’Alger face au Moulidia, le compte à rebours du Triplé en 77 devant les Hearts of Oak d’Accra, la CAN de 1980, Souleymane Chérif les a vécu intensément. L’homme, dispose d’un chapelet d’anecdotes ou d’histoires tragiques : Son incarcération au camp Boiro, accusé qu’il était par les caciques du pouvoir “de vouloir fuir le pays” pour aller monnayer son talent à l’étranger ; sa rencontre en 1980 avec Sékou Touré qui instruit qu’on l’autorise à reprendre à l’Université Gamal et qui l’accordera par la suite, une bourse d’étude au métier d’entraineur en Allemagne, en passant par
son arrestation dans l’affaire du spectacle raté d’Alpha Blondy ses dégâts au stade du 28 septembre en 1984, alors qu’il était administrateur, sa libération par la suite, par le président Conté à la demande express des jeunes joueurs de la sélection qu’il entrainait pour la Coupe du Monde des cadets “Chine 1985” jusqu'à son rôle controversé dans les préparatifs de la CAN au Burkina 98’’, EL Ché, traine un parcours périlleux et passionnant.

Instructeur et formateur Fifa- Caf, Directeur Technique National du football guinéen, Souleymane Chérif a dirigé, à maintes reprises, des sélections de catégories inférieures et des clubs. Il se bat actuellement, pour la relance difficile du football féminin.

 


Ibrahima Ahmed Barry.

 


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