Inconnu du grand
public, éclipsé
par l’ombre de
quelques ténors,
le jeune milieu
récupérateur du Syli,
Mohamed Sakho
a été la grande
révélation guinéenne
à la 26 eme édition
de la Coupe d’Afrique
des Nation de football
au Ghana.
Le môme de Matam,
joyau de Sousse,
révélation de la CAN !
Infatigable, accrocheur, combattif et qui plus
est, disposant d’une superbe vision de jeu et
d’une relance propre, Mohamed Sakho
“Chabala” pour ses intimes, sobriquet qu’il tient
d’un célèbre meneur de jeu zambien, a été presque
parfait dans son rôle de milieu nettoyeur que lui
avait confié le sélectionneur Nouzaret à la CAN
ghanéenne. Que l’équipe tourne ou qu’elle sombre,
ce garçon “aux quatre poumons” a été toujours
d’attaque, ne cédant devant rien et ne lâchant
rien ! Cette grinta propre aux Italiens a caractérisé
le jeu sérieux et efficace du Guinéen. Ce qui lui a
valu d’ailleurs, en dépit du piteux match livré par
le Syli contre la Namibie, de recevoir le titre flatteur
de meilleur joueur du match Guinée-Namibie.
Aujourd’hui, devant le feu des projecteurs, le
môme de Matam Lido, quartier populaire de la
grande banlieue de Conakry ne s’attendait pas à
pareil intérêt de la part de la presse et du public.“Je suis agréablement surpris par mes performances et par les témoignages encourageants à mon endroit, du coach Nouzaret, des anciens du Syli et du public guinéen” lâche, souriant, le jeune
Mohamed Sakho dans les vestiaires Sekondi-Takoradi. Et voila qu’en l’espace d’un tournoi, la
carrière de ce garçon de 20 ans franchit un pallier.
En effet, le jeune Mohamed Sakho, à l’image des
garçons de son âge est un pur produit du “football
de rue”. Il a fait ses débuts dans les petits “clubs”
de quartier à Matam Lido, notamment au sein des
Lionceaux de Matam dirigés par le jeune coach,
Mohamed Sylla ‘’Caréca’’ qui lui avait d’ailleurs
attribué le surnom de Chabala, le grand demi -
relayeur zambien des Changa Rangers et de la
vielle génération des Chipolopolos. “Mes copainset moi étions encadrés par l’entraineur Caréca. Ames débuts, je suivais de près les exploits de Titi Camara, Salam Sow et l’artiste Feindouno ; ils
ont nourri nos rêves de grands footballeurs. C’est pourquoi j’étais très heureux et même sublimé quand j’ai rencontré, en sélection, des grands
ténors comme Pascal, Mansaré et Ismaël Super”
souligne avec enthousiasme le môme de Matam
Lido, brillant dans les tournois de rue, dans la commune
de Matam. Il sera d’ailleurs vite, repéré et
intégré en 2004, dans le club du Ghetto, les rouge
et blanc du Horoya par l’entraineur “Gaucher”. Il
fera deux saisons au Horoya et une, au Hafia de
Conakry (au poste usant et délicat de milieu défensif).
Très doué et très régulier, Mohamed Sakho
“Chabala” sera sélectionné dans le groupes des
juniors et prendra part à un tournoi d’exhibition et
de préparation sous- régional à Bamako, en 2006.
“Au Horoya, je jouais avec mes potes Sanoussi
‘’Zozi’’. Abass du COK Boké en sélection et
Ibrahima Sory Fofanah ‘’Zimako’’ au Hafia. Je
garde un bon souvenir d’eux, même loin du pays”.
C’est à l’issue de sa prestation éblouissante au
tournoi des juniors à Bamako que ce garçon, court
sur ses jambes, solide au combat et doté d’une
puissance de percussion attirera l’attention des
techniciens guinéens, en charge des catégories
inférieures. Nous sommes alors en fin 2006, début
2007.
Mohamed Sakho recevant les encouragements de son entraîneur Robert Nouzaret.
La Guinée est engagée dans les éliminatoires
croisées Jeux Africains 2007- Jeux Olympiques
2008. Le jeune Sakho fera partie de la campagne,
au sein de l’équipe des Espoirs, dirigée par
Somparé. “J’ai joué les éliminatoires et le tournoi
final des jeux africains à Alger. J’étais aussi du
groupe qui a disputé des matches, au compte des
éliminatoires des JO de Pékin, même si, on n’a
pas été efficaces au finish” se rappelle Mohamed
Sakho. L’ancien milieu teigneux du Horoya et de
la sélection des Espoirs sera de l’expédition en
Algérie où, il a joué la finale perdue des jeux africains
contre le Cameroun, en Juin 2007. C’est
d’ailleurs, à la faveur du stage de préparation de
ces jeux africains d’Alger, organisé au Maroc que
le milieu relayeur de l’équipe Espoir sera remarqué
par le staff du club marocain, l’Olympique de
Khouridja. Juste après les jeux africains d’Alger, il
sera invité au Maroc pour un test. “Les encadreurs
de Khouridja m’avaient envoyé un billet pour aller
faire un essai ; J’ai été au Maroc et après le test,
les Marocains ont tardé à prendre une décision.
C’est en ce moment que les Tunisiens de l’Etoile
Sportive de Sousse, qui me suivaient sont entrés en
action et m’ont approché. Voila comment je me
suis retrouvé à l’Etoile Sportive du Sahel, depuis
août 2007, où je suis titulaire” nous précise le milieu axial du Syli. Mohamed Sakho “Chabala”
est aujourd’hui, une des pièces maîtresses du dispositif
de l’entraineur de l’Etoile Sportive de
Sousse, le Français Bertrand Marchand. Le club
phare de la ville-émeraude Sousse, s’appui sur le
prodige guinéen qui n’a pas joué la dernière campagne
africaine de l’Etoile, non qualifié qu’il était
au niveau de la CAF. Au regard de ses performances
à la CAN ghanéenne, les encadreurs et dirigeants
de l’Etoile étaient pressés de retrouver à la
“maison” leur joyau qu’ils craignent, à juste titre,
de perdre compte tenu des nombreuses sollicitations
à l’endroit de Mohamed Sakho.
Contrairement aux cadres de l’équipe, l’arrivée du
jeune Sakho au sein du onze national ne date pas
de longtemps. “L’entraineur Nouzaret m’a vu
jouer lors du match éliminatoire retour ‘’Sénégal-
Guinée’’ des jeux africains 2007 à Dakar. Il était
venu prêter main-forte au staff de l’équipe Espoir
pour ce match capital. Il m’a vu et apprécié. C’est
après qu’il m’a appelé en équipe A, dans le groupe
élargi des 35 et finalement, à l’issu du stage de
Malaga, sur la liste des 23 pour Ghana 2008”
nous confiera, Mohamed Sakho, le visage rayonnant
et détendu.

Solide, accrocheur et grand relanceur, Mohamed Sakho a marqué les esprits au Ghana .
Désigné “homme du match”
après le frustrant Guinée-Namibie à Sekondi,
Mohamed Sakho a été, de l’avis de la plus part des
observateurs avertis, le Guinéen le plus en vue, “la
révélation” du Syli. Le garçon, crinière au vent,
prompt et efficace dans les duels, soigneux dans la
relance, généreux et altruiste a séduit les supporters
et les encadreurs présents au Ghana. “Le
coach me suivait de près, il passait souvent son
temps à me repositionner. Il me reprochait quelque
fois, ma tentation ‘’d’aller de l’avant’’ en ouvrant
derrière des brèches. Vous savez pour mes débuts
devant un public énorme face au Ghana, c’était
vraiment impressionnant. Mais, grâce aux anciens, Pascal, Mansaré et Dian Bobo, je me
suis bien intégré au sein du Syli. Dommage qu’on
‘est pas joué à fond nos chances, en quart de finale
contre la Côte d’Ivoire. Ce match, on l’a perdu
collectivement” regrette, le feu follet du Syli. Fait
remarquable et encourageant, le sociétaire de
l’Etoile du Sahel est plus que jamais, conscient de
sa marge de progression, avant d’arriver au sommet.
“Je ne vais pas prendre la grosse tête, je sais
qu’il me reste beaucoup à apprendre pour être
parmi l’élite du football guinéen et continental.
Mon ambition, c’est de progresser avec mon club
et de revenir vite dans la sélection nationale pour
les prochaines échéances” promet la graine de star
guinéenne. Mieux encadré et bien orienté, ce
milieu au talent immense pourrait être une des
valeurs sûres du football guinéen, les années à
venir. Un garçon prometteur, à suivre de près. Le
futur Makélélé en gestation comme nous confiait
un agent de joueur très averti, rencontré à Accra.
Mohamed Sakho a d’ailleurs remporté avec son
club, l’Etoile Sportive de Sousse, la super Coupe
d’Afrique de football en février 2008.
Ibrahima Ahmed Barry
|