Issa Ayatou, président de la Confédération Africaine de Football
La CAN 2008 fut une belle fête
Issa Ayatou, ce grand dirigeant sportif qui gère avec maestria les destinés du football
continental, depuis vingt ans est issu de la famille des grandes aristocraties féodales
du nord Cameroun. L’homme qui avait, auparavant, gravi tous les échelons du football
camerounais a célébré le 10 mars 2008, le 20e anniversaire de son élection à la
présidence de la plus grande instance du football africain, la CAF.
Le Président Issa Ayatou livrant son discours d’ouverture de la 26e Coupe d’Afrique des Nations à Accra, le 20 janvier 2008.
Guinée Football : Mr le président, ça
fait deux décennies que vous dirigez le
football africain. En 20 ans vous avez
pratiquent changé le visage du football continental,
quel regard à titre personnel ?
Issa Ayatou : Vous avez raison, cela fait 20
ans(Le 10 mars 2008) que je dirige avec bonheur,
appuyé que je suis par une équipe d’hommes
dévoués et remarquables, les destinés du football
continental. Aujourd’hui la CAF dispose d’un crédit
de confiance énorme. La CAF a été métamorphosée,
et sur le plan relationnel et sur le plan des
finances. On a des relations plus solides et respectables
avec la Fifa et les autres confédérations. Sur
le plan des finances, le bond est énorme : quand
j’arrivais en 1988, les contrats de la CAF pour
organiser la Can était de 300 à 350 mille dollars.
Aujourd’hui, ils sont de l’ordre de 200 millions de
dollars. Il n y a pas d’éléments de comparaison.
Les compétitions ont été multipliées et diversifiées.
Nous avons reformé les anciennes, initié et développé
de nouvelles. Mais tout ça, n’est pas d’Issa
Ayatou seulement, c’est une oeuvre collective. Les
fédérations nationales, le bureau exécutif, vous, les
journalistes qui apportez des critiques…c’est le
concours de tout un chacun qui aura permis à la
CAF de se hisser à ce niveau actuel.
Guinée Football : Parmi vos réussites, il ya justement
l’organisation des phases finales de la
CAN, comme celle qui se tient actuellement au
Ghana. Comment trouvez-vous l’organisation
et le niveau sportif de la compétition ?
Issa Ayatou : Aujourd’hui, la coupe d’Afrique des
nations est un évènement à dimension mondiale. Il
regroupe des sportifs de haut niveau. Les footballeurs
africains jouent dans les plus grands championnats
européens et du monde. La CAN est donc
devenue la vitrine du football africain. Très médiatisée,
La CAN mobilise beaucoup d’invités et de
personnalités. Pour celle –ci au Ghana. Je tiens
vraiment à remercier les autorités du pays hôte, le Ghana, les collaborateurs de la CAF, les médias
africains et étrangers pour les efforts fournis dans
la couverture et l’organisation de cette compétition.
Ce n’est pas facile ! Construire des infrastructures,
accueillir les invités, faciliter les transports,
les commodités et assurer sa couverture. En
dépit des petits problèmes inhérents à l’organisation
de pareils évènements, les Ghanéens nous ont
offert une belle CAN. Au plan sportif, elle fut l’une
des plus relevée dans l’histoire des coupes
d’Afrique, le record de buts, des matches tendus et
agréables à suivre. Bref, le football africain est en
net progrès, nous en sommes fiers.
Guinée Football : Vous l’avez dit, la CAN est
un évènement majeur au plan sportif, un gros
business au plan financier. Comment se fait la
répartition de la manne financière collectée par
la CAF ? Bénéficie-t-elle au football des jeunes
par exemple ?
Issa Ayatou : Mais tout est clair dans la gestion
de cette manne. Les ressources rétrocédées par la
CAF bénéficient aux sélections nationales par le
biais de fédérations qui reçoivent l’argent pour le
développement du football africain. La CAF
donne aux fédérations nationales affiliées l’argent
qui leur revient. Il appartient à ces fédérations de
répartir ces fonds au football des jeunes, des femmes,
les catégories des cadets, juniors, espoirs et
autres. Ce n’est pas la CAF qui va dicter l’utilisation
de ces fonds, on fait confiance aux fédérations
qui sont élues. Je peux vous rassurer que sur l’enveloppe
de 200 millions de dollars, la CAF garde
très peu de cette manne, le plus gros va aux fédérations
nationales.
Guinée Football : Parlons à présent de votre
avenir à la tête de la CAF. On sait que vous êtes
candidat pour le congrès de 2009. Alors, quel
objectif vous assigné vous ?
Issa Ayatou : Mon objectif, notre objectif avec
l’équipe que je dirige, c’est le développement du football africain, le hisser au plus haut sommet. A
mon niveau, il ya une remise en cause permanente,
ne pas dormir sur ses lauriers. Nous voulons qualifier
les compétitions. Mais notre ambition, c’est
de doter le continent en infrastructures sportives,
en moyens matériels et financiers. Après le Ghana
qui a abattu un travail énorme, quatre stades flambants
neufs, nos esprits sont déjà tournés vers
l’Angola 2010.Nous y étions récemment, les autorités
sont engagées et décidées, la volonté politique
est manifeste, les moyens sont dégagés, les
entreprises mobilisées sur le terrain. Ils nous ont
promis de construire de grands stades pour
accueillir la CAN en 2010. Le Gabon et la Guinée-
Equatoriale le feront également en 2012. La
nature nous a doté d’immenses talents.
En Afrique
on nait avec le football, ailleurs on va à l’école
pour l’apprendre. Il faut mettre des infrastructures
en place,l’encadrement adéquat, les moyens
financiers pour permettre au football africain de
s’épanouir les années à venir. J’y crois et nous y
travaillerons.
Guinée Football : 20 ans et plus à la tête de la
CAF, ça fait beaucoup. Avez-vous pensé à votre
succession ?
Issa Ayatou : C’est vrai, 20 ans c’est trop !
L’Afrique est vaste et difficile à gérer au regard des clivages nés de la colonisation. Vous avez toutes
sortes d’influences régionales. Un arbitre fausse
un résultat, on s‘en prend à la CAF. Ce n’est pas
facile, mais c’est immensément valorisant de diriger
une grande structure, comme la CAF. C’est un
honneur. Cependant, je vais vous dire franchement,
si ce n’était pas à cause de l’organisation de
la première coupe du monde sur le continent africain
en 2010, je ne me serai pas représenté à la
candidature. L’Afrique va accueillir la jeunesse de
la planète, un grand évènement qui requiert l’expérience
et l’apport de tout le monde. Le poids de
l’expérience à travers la pratique nous confère cet
avantage qu’on voudrait mettre à la disposition du
continent pour réussir ‘organisation du mondial
2010.
Ce n’est que ça qui me retient à la tête de la
CAF. Après, on passera la main. Et croyez-moi, il
y a beaucoup de personnes valables au sein du
bureau exécutif et en dehors, sur le continent qui
sont à même, de prendre la présidence de la CAF.
Je n’en doute point ! Le moment venu, on laissera
la CAF dans de mains sûres pour assurer la relève.
C’est important de ne pas laisser le navire vaquer
tout seul, sans l’orienter. Le combat s’annonce
rude pour les défendre les acquis et avancer. Voyez
par exemple les grands clubs européens qui veulent
que l’Afrique organise la CAN en juin- juillet.
C’est impossible et suicidaire pour le football africain.
Imaginez, La Guinée qui aspire abriter la
CAN en 2016, l’organiser en juin, période de
grandes averses dans le pays ? C’est valable pour
tous les pays africains. On ne peut pas, c’est donc
vital pour cette grande compétition. Il faudra des
hommes de poignes pour défendre ce dossier et
bien d’autres dans l’intérêt du football africain.
Le Président Issa Ayatou de la CAF au sortir de la rencontre avec Amadou Diaby à Accra.
Guinée Football : Mr le président, il ya un
jeune manager, Amadou Diaby qui organise
régulièrement un tournoi de détection des jeunes
talents en Guinée. Vous l’avez rencontré et
il souhaite vous inviter à l’édition de novembre
2008 à Conakry. Vous serez à Conakry ?
Issa Ayatou : J’ai effectivement reçu et félicité ce
jeune manager, Agent Fifa, Amadou Diaby qui fait
avec ses partenaires installés en Guinée, un excellent
travail de base pour la promotion et le développement
du football africain. Je lui ai donné ma
parole. Et ma parole, c’est mon honneur. Il m’a
invité à cette détection, j’ai dit oui ! Mais à condition
qu’il me relance, 2 mois avant l’évènement
afin que je le l’insère dans mon agenda. Si c’est le
cas, avec la volonté de Dieu, on sera à Conakry en
novembre pour suivre la détection de Foot Afrique
Management en partenariat avec la fédération guinéenne de football et le département des Sports
et de la Jeunesse. Il m’a présenté le magazine
Guinée Football, un des produits de sa structure.
Une belle initiative, un bon support, contenu aéré.
Il a sa place dans le paysage médiatique africain…
un projet qui mérite soutien et encouragement.
Entretien réalisé par Gaoussou Diaby. |