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Cinq buts d’écart ; comme autant d’écart qui
nous séparent de la qualité et… de la qualification
(ou vice versa, c’est au choix).
Cinq buts qui ont pourtant le mérite de nous ramener
à la stricte et implacable réalité. En subissant
un score qui est unique dans les annales du football
guinéen, notre équipe nationale, bien malgré elle, a
au moins réussi une chose : arrêter cette hystérie,
que dis-je, cette hallucination collective, qui l’espace
de quelques jours, a fait croire à tout un peuple
que nous pouvions ramener la coupe d’Afrique
à Conakry. Rien que ça !
Par la force de l’autosuggestion, saupoudrée d’une
grande dose de patriotisme angélique et agrémentée
d’une sympathique naïveté, la nation toute
entière a été convaincue que nous “pouvions le
faire”, que ce soient les “experts” en football ou les
plus profanes en passant par nos remarquables
journalistes sportifs.
Au risque de déplaire à certains, il faut avoir le
courage de considérer qu’une éventuelle victoire
de la Guinée sur la Côte d’Ivoire aurait été une
forme d’imposture. Pourquoi ? Parce qu’il nous
manque autant d’étapes que le nombre de buts qui
nous séparent de cet adversaire : Formation,
championnat, infrastructures, finances, ressources
humaines.
A notre humble connaissance, il n’existe aucun
centre de formation en Guinée, l’éducation physique
a disparu de nos écoles, l’athlétisme et les
autres sports d’équipes sont quasi-inexistants.
Tous les pays présents dans le dernier carré de la
CAN 2008 disposent de plusieurs centres de formation
du type sport-études ou assimilés. Un centre
de formation ivoirien d’un ex-international
serait d’ailleurs très friand de jeunes recrues guinéennes.

Notre championnat s’apparente plus à une succession
de “tournois délocalisés” dans un cadre infrastructurel
lamentable. Apart le stade du 28 septembre,
quel autre stade répondant aux normes Fifa ?
Tous les pays du dernier carré de la CAN disposent
de stades fonctionnels et d’un championnat performant.
Ce sont d’ailleurs les principaux animateurs
de la Ligue africaine de club champions.
En désespérance de sponsors et mis à part quelques
mécènes venant en aide à quelques rares
clubs de “l’élite”, nos clubs végètent dans des
conditions financières précaires là où, dans d’autres
pays, les annonceurs se battent pour sponsoriser
un club ou le championnat.
Dès lors, ne faut-il pas se demander si, en commençant
par la fédération, les entraîneurs, les
managers, les journalistes et les joueurs, l’environnement
humain de notre sport national n’est pas
lui-même dépassé par l’enjeu et l’évolution du
Football en tant que phénomène économique et
social facteur de mobilisation de la jeunesse et
créateur d’emploi ?
Battre la Côte d’Ivoire ou remporter la CAN aurait
signifié qu’il est possible d’arriver au sommet sans
passer pas ces étapes. Ce serait accréditer l’idée
qu’il est possible d’obtenir le meilleur en évoluant
dans le pire. Ce serait nier les vertus de l’effort, du
sacrifice de la rigueur. En somme, le parcours de
notre équipe nationale au Ghana n’aura été qu’une
reproduction à l’échelle sportive des tribulations
de notre pays : Nous réussissons tant bien que mal
à maintenir un semblant d’économie grâce à nos
ressources naturelles, notre équipe nationale réussit
tant bien que mal à se qualifier pour la CAN
grâce aux qualités naturelles de certains de nos
joueurs. Nous traversons périodiquement des crises
traumatisantes (événements de janvier-février
2007 ; défaite contre le Ghana). Un sursaut national
vient raviver la flamme de l’espoir en des lendemains
meilleurs (victoire contre le Maroc ;
nouveau gouvernement) Très vite la réalité nous
rappelle à notre condition d’éternels perdants
(débâcle contre la Côte d’Ivoire ; crise au sommet
de l’Etat).
C’est ainsi que la Guinée semble condamnée à
l’éternel recommencement d’un cycle infernal
dont le moteur reste ce refus chronique de s’inscrire
dans une vision et une démarche innovantes
et qualifiantes.
Damantang CAMARA
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